Risque climatique : des dirigeants de l’assurance annoncent hausses, exclusions et retraits de couverture

Une vingtaine de cadres dirigeants de l’assurance et de la réassurance, au Royaume-Uni et en Europe, ont publié le 14 octobre une note anonyme qui annonce sans détour ce que le secteur prévoit face au risque climatique : des primes plus chères, des garanties réduites et, dans certaines zones, des retraits de couverture.

En bref
  • La note s’intitule « Tirer la sonnette d’alarme » et porte la signature collective Inside Track x (Re)Assurance.
  • Ses auteurs occupent ou ont occupé des postes de direction chez des assureurs non-vie, des réassureurs et des courtiers.
  • Ils décrivent trois leviers : tarification, restriction des garanties, retrait de certaines zones.
  • Ils comparent le risque d’une hausse des biens non assurés à la crise des subprimes de 2008.

Qui sont les auteurs de cette note ? #

Le texte a été diffusé par Inside Track, une structure britannique qui permet à des professionnels de s’exprimer collectivement sans révéler leur identité ni celle de leur employeur. La note existe en anglais, en allemand et en français.

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Le groupe se présente comme composé de personnes qui occupent, « ou ont occupé jusqu’à récemment », des postes de direction au sein des principaux assureurs non-vie, réassureurs et courtiers. Plusieurs journalistes disent avoir vérifié l’identité de certains signataires, selon Beinsure. En France, Novethic a relayé l’alerte dès le 16 octobre.

Que disent-ils exactement ? #

Le constat de départ est simple : selon eux, le niveau des risques climatiques physiques « augmente à un rythme alarmant ». La fréquence, la gravité et l’imprévisibilité des événements sont en hausse, tout comme l’exposition d’une partie de la population.

Le cœur du texte est ailleurs. Les auteurs expliquent que leur secteur a déjà choisi sa stratégie pour maîtriser son exposition, et que ce processus « a déjà commencé et va s’accélérer ». Ils précisent que ce n’est pas une affaire de malveillance, mais la logique d’un métier poussé à raisonner à court terme.

Les trois leviers annoncés par les assureurs #

Revoir les tarifs

Premier levier : rendre les polices « beaucoup plus onéreuses » pour refléter un risque accru. Les auteurs reconnaissent que cela rendra l’assurance plus difficile d’accès pour les ménages les moins aisés, et plus coûteuse pour des secteurs comme l’agriculture ou le transport maritime.

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Restreindre les garanties

Deuxième levier : exclure certains risques jugés trop élevés ou trop imprévisibles. La note cite l’exemple de la couverture contre les feux de forêt retirée de l’assurance habitation. Les contrats étant renégociés tous les douze mois, ces changements peuvent passer presque inaperçus. Les auteurs insistent d’ailleurs sur la nécessité que les clients « comprennent réellement ce qui se passe ».

Se retirer de certaines zones

Troisième levier : quand il n’est plus possible d’équilibrer primes et sinistres, retirer la couverture de certains territoires et de certains secteurs. Sont cités en priorité les zones côtières, les zones de montagne et celles exposées aux inondations.

Pourquoi parler d’un risque comparable aux subprimes ? #

Le raisonnement passe par le crédit immobilier. Une assurance est généralement exigée pour obtenir un prêt, car elle protège aussi le prêteur. Si l’assurance des biens est restreinte ou retirée à grande échelle, des logements deviennent difficiles à financer et à revendre.

Les signataires écrivent qu’ils craignent qu’une augmentation importante du nombre de biens non assurés et à haut risque produise un phénomène similaire à la fragilisation du marché hypothécaire qui a déclenché la crise financière mondiale. Pour eux, il ne s’agit pas de risques limités à une partie de la population, mais de risques « fondamentaux et systémiques ».

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Ils évoquent aussi un effet inflationniste : si l’alimentation, l’immobilier ou le tourisme paient leurs assurances plus cher, la hausse finira dans les prix payés par les ménages.

Une critique adressée au secteur lui-même #

La note ne vise pas seulement les pouvoirs publics. Elle affirme que, dans certaines entreprises, des modélisateurs de catastrophes naturelles et des actuaires sont invités à appliquer une « décote » aux projections ou à « revoir les chiffres à la baisse » pour ne pas inquiéter et continuer à signer des contrats. Il s’agit d’une affirmation des auteurs, que la note ne documente pas par des cas nommés.

Le texte reproche aussi aux conseils d’administration de reléguer le sujet derrière d’autres priorités, et aux systèmes de rémunération de récompenser la performance boursière à court terme. Il appelle les régulateurs, les gouvernements et les investisseurs, notamment les fonds de pension, à prendre la mesure de ce « déficit de protection ».

Ce que cela change pour un assuré en France #

La note parle de l’Europe en général et ne cite aucun chiffre propre à la France. Le marché français a ses particularités, en premier lieu le régime des catastrophes naturelles, dont l’avenir avait déjà été étudié par la mission sur l’assurabilité des risques climatiques remise au gouvernement en 2024.

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Pour un particulier ou un professionnel, quelques réflexes restent utiles à chaque échéance annuelle :

Lire l’avis d’échéance et les conditions générales à jour, pas seulement le montant de la prime. Une exclusion ou une franchise modifiée pèse parfois plus lourd qu’une hausse de quelques euros.

Vérifier si le logement se trouve dans une zone exposée (inondation, retrait-gonflement des argiles, littoral) via les outils publics comme Géorisques, et en parler avec son assureur ou son courtier.

Garder une trace des travaux de prévention réalisés, qui peuvent compter dans la discussion au moment du renouvellement.

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Questions fréquentes #

Cette note engage-t-elle un assureur en particulier ?

Non. Elle est anonyme et collective. Aucune compagnie n’est nommée et aucune n’a pris position officiellement à travers ce texte.

Les assureurs peuvent-ils refuser de renouveler un contrat habitation ?

Un contrat peut être résilié à échéance dans les conditions prévues par le contrat et la loi. En cas de difficulté à trouver un assureur, mieux vaut se renseigner auprès d’un courtier ou des services publics d’information sur l’assurance.

La note donne-t-elle des prévisions chiffrées ?

Non. C’est un texte d’alerte qualitatif. Il décrit des tendances et une stratégie, sans projection chiffrée des primes ni des zones concernées.

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